Jargon psy: comment s’y retrouver ?

Tout le monde aujourd’hui connaît les mots typiques de la psychologie: inconscient, mécanismes de défense, refoulement, déni, dépression, etc… Nous avons parfois tendance à les « coller » à des situations que nous voyons en nous ou autour de nous. Parfois, à tort…

Pour comprendre notre fonctionnement intérieur, et celui d’autrui, il est important de tenir compte, au minimum, de 3 réalités:

  1. Le cerveau;
  2. Notre équilibre physiologique (hormones et autres substances indispensables à notre bon fonctionnement);
  3. La vie psychique.

Il est impossible de dissocier la dimension physique de la dimension psychique.

Par exemple, on sait que l’hypothyroïdie (trop peu d’hormones thyroïdiennes), joue sur l’humeur. Les personnes atteintes du cancer de la thyroïde peuvent dès lors avoir une sorte de dépression, liée, certes, à l’angoisse de la maladie, mais aussi simplement parce que leurs hormones de substitution sont mal dosées… Dans ce cas, une thérapie ne servira pas à grand chose… La première chose à faire est de prendre des mesures médicales.

Le cerveau

Le cerveau est un « organe » constitué de milliards de neurones, connectés entre eux;

Il est divisé en deux hémisphères, qui bien qu’identiques en apparence, n’ont pas la même fonction.

On décrit l’hémisphère gauche comme étant l’hémisphère du rationnel, où se trouvent la zone du langage, les capacités d’abstraction et d’analyse.
L’hémisphère droit serait le lieu de la pensée irrationnelle et non verbale, avec tout ce qui touche à l’intuition, la relation, l’imaginaire, l’art…

Une éducation équilibrée passe par un respect du fonctionnement global des 2 hémisphères, en veillant à ce que l’enfant puisse développer toutes ses capacités;
Donner l’exclusivité à l’hémisphère rationnel le prive d’une part de sa créativité, de sa spontanéité et de son affectivité;
Privilégier le droit, c’est rendre plus difficile l’adaptation, car alors, l’enfant ne développe pas suffisamment ses capacités d’analyse du réel et reste à la merci de ses émotions et de ses désirs incontrôlés;

L’idée de développement nous permet d’approcher 2 autres notions: le tempérament et la personnalité.

Le tempérament

Nous arrivons au monde avec un certain bagage génétique. Fille ou garçon, cheveux bruns ou blonds, musicien, matheux, sportif, manuel, intello, ou non …
C’est ce que je reçois dans mon patrimoine génétique, que je n’ai pas choisi.
Ce tempérament non choisi est plus ou moins paisible, plus ou moins compliqué. C’est l’hérédité.
Là dessus, va se greffer l’éducation par laquelle va se développer ma personnalité.

Personnalité

On peut dire qu’elle est le fruit de mon tempérament et de l’interaction avec le monde ambiant, notamment les parents (et leurs principes éducatifs !), ce qui va permettre de développer certains aspects de mon tempérament et en occulter d’autres.
Exemple: si je viens d’une famille qui dit que la chose la plus importante dans la vie être d’être le premier de classe, je vais être sur-stimulé pour les études. Si en plus mes parents trouvent que l’art ne sert à rien, mon côté artistique éventuel ne sera non seulement pas développé mais parfois pas reçu ou même, rejeté. Nous avons tous des aspects de notre tempérament qui sont sur-développés et d’autres niés.

Voilà déjà un premier aspect à prendre en compte dans l’éducation :-): veiller à ce que l’enfant puisse développer tous ses talents.

ex: un enfant vient en consultation parce que il est bloqué à l’école. Il est triste, ses résultats dégringolent… alors que, jusqu’à présent, tout semblait aller bien. Que se passe-t-il ? Ses parents lui ont proposé de passer en immersion, ce qu’il a accepté avec joie. Mais c’est plus difficile qu’il ne le pensait. Pour mieux se concentrer sur sa mise à niveau, il arrête ses cours de musique. Cet enfant qui jouait tous les jours de son instrument, « s’est privé », de quelque chose d’essentiel à son équilibre. On ne peut même pas dire que c’est par pression parentale, ce choix est le résultat d’une réflexion commune. En reprenant ses cours de piano et en s’ autorisant à jouer tous les jours, quelle que soit la charge scolaire, il redémarre…

Mais il y a encore autre chose… (rassurez-vous, en fait, il ne faut pas tout le temps réfléchir: souvent, nous savons tout cela intuitivement, mais ça fait du bien, parfois, de lire ce que nous savons déjà…)

Il existe aussi une autre structure cérébrale, dont on parle moins: la structure « verticale » du cerveau.

On parle de 3 niveaux: le reptilien, l’émotionnel et le rationnel;  Même si ces niveaux ne « s’empilent » pas, on parle de structure verticale.

Le cerveau reptilien est le siège des comportements qui concernent la survie. Il s’exprime par des gestes réflexes, automatiques et la routine. Il répond au besoin de sécurité, par la présence d’un cadre clair, non source d’angoisse et de stress; Dans toute situation nouvelle, l’homme a besoin d’être sécurisé par des éléments connus. (C’est plus facile de changer d’école quand on a au moins un copain dans la nouvelle classe, …)

En cas de stress trop important, l’enfant va se réfugier dans des comportements réflexes, connus de lui, qui le rassurent. (Le lézard qui voit voler une buse file se cacher dans un trou, l’enfant qui a peur d’un prof se fait tout petit derrière son banc, ou au contraire se « gonfle » pour l’impressionner…)

Ne pas respecter le besoin naturel de la sécurité risque de bloquer l’apprentissage et même de retarder son évolution.

Le cerveau émotionnel est le cerveau de la vie émotionnelle, de l’imaginaire, de la motivation, de l’adaptation intuitive. C’est lui qui reçoit les informations venant de l’expérience (et non de la réflexion) et qui décide, ou non, de les faire parvenir au cerveau conscient: il peut bloquer les informations trop douloureuses, ou interdites (refoulement, déni et autres mécanismes de défense); Par contre, il accueille les information agréables et en informe directement le cerveau rationnel.

Le cerveau rationnel organise la langage, la pensée, les associations d’idées, analyse et réfléchit. Il étudie les expériences que lui a transmises le cerveau émotionnel, en tire des conclusions. Il n’a pas connaissance consciente de ce qui est refoulé.

Une caractéristique capitale de cette structure est que la communication entre le cerveau émotionnel et le cerveau rationnel se fait à sens unique: le cerveau émotionnel peut envoyer des signaux au cerveau rationnel et donc l’influencer, alors que l’inverse n’est pas vrai: la raison ne peut pas, par sa logique et ses raisonnements, influencer l’émotion.

On en a tous fait l’expérience: imaginez que votre chat (si vous en avez un !) a été écrasé. Vous avez beau vous dire que c’est moins grave que si c’était arrivé à votre meilleur ami, vous ne pourrez vous empêcher de ressentir une tristesse peut-être très profonde.

Inutile donc, quand quelqu’un se plaint de sa situation, d’essayer de le consoler par des raisonnements (pense à X qui est dans une situation bien pire que toi…)

Comment faire alors ?

Il est important de laisser la personne exprimer tout son ressenti (qui vient de son cerveau émotionnel) sans le bloquer par des considérations morales ou raisonnables.

Trop souvent, nous n’écoutons pas jusqu’au bout, nous arrivons trop vite avec une réponse qui se veut rassurante, consolante, sécurisante. Nous le faisons de bonne foi, car nous pensons que ça va aider la personne à retrouver plus vite la sérénité. Et nous le faisons aussi pour nous, car nous n’aimons pas trop nous sentir impuissants par rapport à la souffrance d’autrui.

Or il est essentiel de « vider le cerveau émotionnel » de son contenu, à fond et sans évaluation morale, pour l’amener à la conscience rationnelle. Le fait de mettre en mots permet de prendre conscience de ce que nous « sentons ». Sans les mots, nous nous contentons de ressentir un malaise, une souffrance, mais sans vraiment bien comprendre de quoi il s’agit ni d’où ça vient. Rappelons-nous aussi que nous ne sommes en rien responsables de ce que nous ressentons. Nous sentons. Point. La questions morale se pose plus tard; que vais-je en faire ? Si je sens que je veux tuer mon voisin, c’est comme ça ! Par contre, une fois que j’en ai pris conscience, vais-je entretenir cette idée ? Vais-je passer à l’acte ?

ex: une femme battue consulte. On sent qu’elle peine à nommer le mal qu’elle subit. Elle préfère parler d’un « mari qui parfois pique sa crise » plutôt que de nommer clairement la violence. Elle l’aime, et lui cherche des excuses. S’interdit de dire « ce n’est pas bien. » Elle dépérit lentement mais sûrement, rongée de l’intérieur par une colère qu’elle ne parvient pas à exprimer. Il faudra plusieurs séances pour qu’elle puisse dire: « quel salaud de m’avoir fait si mal, j’aimerais tant avoir la force de lui casser la figure. » Excessif ? Non, libérateur. Une fois que c’est dit, elle ne met plus son énergie à refuser la violence de sa colère, elle peut chercher une voie acceptable pour se faire respecter. Elle fait constater les coups par son médecin, contacte un avocat. Et se montre ferme: Monsieur sait qu’elle ne se laissera plus faire… Mis au pied du mur, il consulte pour se faire aider dans la maîtrise de soi. 

Une fois l’émotion acceptée et dite, en pleine conscience et en pleine acceptation, je peux alors mettre mon énergie à l’apprivoiser et à la canaliser. Sinon, je dépense mon énergie à la bloquer.

Un autre exemple, très important en thérapie de couple: l’acceptation des émotions, sans censure, est essentielle.  Trop souvent, nous voulons éviter ou sortir du conflit, restaurer la relation,  alors que nous n’avons pas été jusqu’au bout de notre déception, de notre colère,  de notre haine parfois. Nous décidons, rationnellement et à coup de volonté, de pardonner, (c’est surtout vrai pour les chrétiens, pour qui c’est un impératif !) alors que le problème n’est pas encore traité. Notre volonté de paix et de concorde est telle, que nous enfouissons les émotions trop difficiles au fond de notre cerveau émotionnel. C’est ce qu’on appelle le refoulement.
Mais malheureusement, ces sentiments ne disparaitront pas tout seul. Ils s’exprimeront par des petites piques ça et là, de la rancoeur, de la tristesse, de la dépression…

ex: lors d’un diner entre amis, une femme se moque gentiment (d’après elle…) de son mari: il aurait voulu faire la médecine et n’a pas réussi. Il a fait d’autres études. Du coup, il s’investit beaucoup dans des projets de quartier au service des sans-abris. Madame a dit: « c’est pour combler sa vocation ratée de sauver les gens. » Coup de poignard pour lui. Il veut minimiser le coup, l’expliquer par l’alcool, l’ambiance détendue du moment, etc… mais sa rancoeur grandit. Il lui faudra évacuer tout cela par l’expression de l’humiliation qu’il a ressentie au moment même, de toute la colère qu’il a eue contre sa femme. Ce n’est qu’ensuite qu’a pu commencer un chemin de vraie réconciliation.

Je ne peux réellement pardonner que ce que j’ai reconnu comme réelle offense (petite ou grande), avec toutes les tempêtes intérieures que ça a pu déclencher. Je décide, alors, que l’acte mauvais ne va prendre toute la place, de voir l’autre par-delà ce qu’il m’a fait. Pour ensuite reconstruire une relation assainie.

Nous voyons donc que la réalité physiologique du cerveau a une influence essentielle sur nos réalités psychiques. Notre tempérament n’explique pas tout, notre personnalité évolue. Nos relations, avec nous-mêmes, avec nos proches et nos enfants s’améliorent quand on comprend que « il faut, on doit », c’est bien joli, mais ça ne suffit pas toujours… Il faut parfois un peu rééquilibrer nos « cerveaux », développer ce qui n’a pu l’être, arrêter de mettre de l’engrais sur ce qui prend déjà trop de place, et accepter que les émotions, bonnes ou mauvaises, font partie de la vie. Le but n’est pas de les museler, mais de les canaliser.

Nous en parlerons dans l’article suivant: comment comprendre nos mécanismes de défense, et pourquoi existent-ils ?

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