Communiquer ? Oui mais …

La communication tient une place centrale dans les relations. Or, nous constatons que malgré notre bonne volonté, nous sommes régulièrement confrontés à des difficultés et des incompréhensions, qui peuvent dégénérer en conflits, plus ou moins graves.

Je voudrais nuancer une idée qui circule selon laquelle si un couple, une famille, ou un groupe ne va pas bien, c’est qu’il y a mauvaise communication, et que pour solutionner les problèmes, il faudrait «simplement » travailler à l’améliorer. Cette affirmation est parfois vraie, mais pas toujours.
En effet, la mauvaise communication peut n’être qu’un des effets d’un mal plus profond. Il est important de réfléchir à la manière de communiquer, mais pas uniquement en termes « techniques». Il reste nécessaire de la replacer dans son contexte et de comprendre les enjeux sous-jacents.

QU’EST-CE QUE LA COMMUNICATION ?

1° constat : il est impossible de ne pas communiquer, car la communication se fait non seulement par des mots (communication verbale) mais aussi par le comportement (communication non-verbale).
Tout comportement « dit » quelque chose. Si je choisis de me taire, ça peut être beaucoup plus « parlant » que des mots ! Mais moins il y a de mots, plus il y a de place pour l’interprétation, et souvent de fausses interprétations.

Exemple: mon enfant vient me dire qu’il a mal à la tête, et, au lieu de répondre, je continue à tourner dans mes casseroles… Pense-t-il que je ne communique pas ? Que va-t-il « entendre » et comprendre ?

La communication s’inscrit dans une relation.

Et cette relation est influencée par ce que je veux en faire.
Si je veux que notre relation évolue bien, je ne dois pas me contenter de « parler », de faire de beaux discours, de dire ce qui va plaire, tout en omettant de veiller à ce que mon comportement suive…
Je dis, mais ne fais pas… La communication peut être « techniquement » bonne mais « effectivement » fausse. La relation en prendra un coup, car je ne serai pas crédible !

3° La relation n’est pas qu’une « communication », elle est aussi création d’un lien.

Le bébé est en relation avec sa maman lorsqu’il boit, il la regarde qui lui sourit. Il a besoin de plus que son biberon, il a besoin de ses mots, de son comportement aimant, de la relation qui passe par le temps du biberon ! Et par cette relation, se fortifiera ou s’affaiblira le lien qui l’unit à sa mère.

L’expérience de Harry Harlow sur des petits singes le montre bien: le principe était de séparer les nouveau-nés de leurs mères et de les placer en présence de deux substituts maternels, l’un en grillage simple, mais fournissant du lait; l’autre recouvert d’un tissu doux et chaud mais sans lait. Non seulement les petits préféraient se blottir contre le deuxième, mais ceux qui n’avaient accès qu’au grillage, même s’ils buvaient du lait, dépérissaient pour finir par mourir.

Ce type d’expérience a permis de comprendre que la relation et la satisfaction des besoins de base ne suffisent pas à l’épanouissement: l’être humain est un « animal social » pour qui le « lien » affectif est essentiel à l’équilibre.

On comprend mieux dès lors pourquoi il est important de veiller à ce que notre communication soit « plus large » que la mise en oeuvre d’une bonne technique : sinon, non seulement on risque de ne pas bien se comprendre, mais en plus, la relation risque de se détériorer pour finalement abîmer le lien qui nous unit.

La communication n’est pas facile.

Justement parce qu’elle n’est pas qu’un échange de mots. Elle montre ce que nous sommes, nos points forts mais aussi nos points faibles. Nos capacités à vivre en cohérence avec nos beaux discours…
Elle laisse deviner l’état  de notre relation, de notre état émotionnel, de notre lien.

Les pièges de la communication

En consultation, nous traitons les exemples ci-dessous tous les jours !

A. Les interprétations

ex : Mon mari ne dit rien. Je vais peut-être « interpréter » :

  • il est de mauvaise humeur;
  • il est fatigué;
  • il est fâché contre moi;
  • il ne m’aime plus;
  • il a une maîtresse, mais ne sait pas comment me l’avouer;
  • il veut divorcer, etc.

Le risque, très réel, sera que je vais réagir non pas par rapport à ce qu’il vit réellement, mais par rapport à ce que j’en conclus, moi !

B. Les incompréhensions

Quand on ne prend pas le temps de bien communiquer, on risque d’être confronté à nombre d’incompréhensions… ex : mon mari rentre en retard…

  • entre ce que je ressens : de l’angoisse parce que mon mari n’est pas encore rentré à 22 h (il avait dit qu’il serait là pour le souper…) et que je me demande ce qu’il lui est arrivé ;
  • ce que je voudrais lui dire : il faudrait au moins me prévenir ;
  • ce que je lui dis effectivement : T’as vu l’heure qu’il est !
  • ce qu’il entend : des grognements ;
  • ce qu’il se dit : encore des reproches ;
  • et ce qu’il me répond : de toute façon, tu ne veux jamais comprendre…

On voit qu’il y a de nombreux décalages qui perturbent la relation. On a l’impression que l’autre ne nous comprend pas, et le danger est soit de s’enfermer dans le mutisme, estimant que ça ne sert à rien de continuer à parler, ou au contraire d’entrer dans « l’escalade » : c’est à qui parlera, puis criera le plus fort pour faire entendre son point de vue !

C. Les filtres

Nous n’avons pas toujours une manière lucide d’écouter les autres. Nous avons des « filtres », ou mécanismes d’interprétation qui déforment la réalité, sans qu’on s’en rende compte.

Exemple (1) : je suis à l’hôtel.
Le robinet de la salle de bain coule (action A).
J’entends ce robinet (perception A).
Cela provoque une réaction A, qui est d’aller fermer le robinet.

Action A ———> Perception A ———> Réaction A

Je suis chez moi.
Le robinet coule (A).
Mais je perçois (B): « une fois de plus, mon mari n’a pas fermé le robinet convenablement, alors que je lui ai déjà dit 100 fois de le faire… », ou « ça fait 6 mois que je lui demande de le réparer… » et j’en conclus que: « il se fiche de ce que je lui demande, c’est bien la preuve qu’il ne m’aime pas, que je ne suis qu’un meuble dans cette maison, etc.

Je réagis en fonction de ce que j’ai compris de la situation (mon ressenti) et pas de l’événement (2).

La perception ne correspond pas à l’action A, car cette dernière est perçue au travers du « filtre », sorte de mémoire émotionnelle qui se remplit au fur et à mesure de notre histoire commune. Une fois que, pour une raison quelconque, je me dis que mon mari s’en fiche de moi, je vais interpréter pas mal de situations à travers cette idée, ce prisme déformant.

Action A ———> filtre ———> Perception B ———> Réaction B

Quand mon mari va rentrer, je vais lui tomber dessus, et lui va se dire : « ma femme est folle, elle fait un drame pour un bête robinet qui coule ».
L’ennui, c’est que les 2 croient qu’ils ont raison : le mari se dit que c’est disproportionné de réagir aussi fort pour une aussi petite chose, et l’épouse, pas consciente du mécanisme du filtre, trouve que sa réaction est tout à fait justifiée par rapport à son ressenti subjectif.

Il n’est donc pas question d’honnêteté ou de sincérité, car il s’agit d’un mécanisme de fonctionnement qui perturbe notre manière d’appréhender la réalité.

Soyons conscients que nous avons tous des filtres, et qu’ils sont d’autant plus épais qu’ils s’exercent vis à vis de personnes proches.
L’indice qui nous montre qu’on a fait fonctionner un filtre, c’est quand on dit : « toujours » ou « jamais » : « Tu es TOUJOURS en retard » ou « Tu ne fais JAMAIS attention à ce que je te demande ».

Pour s’en débarrasser, il est bon de connaître son existence, de le repérer par les « toujours » et « jamais », en se demandant si on aurait réagi aussi fort si les événements avaient été vécus par quelqu’un d’autre. (Par exemple: ça fait 6 mois que je demande à mon père – avec qui je m’entends très bien – de venir réparer le robinet, « parce que, lui, au moins, est bricoleur », et s’il n’est pas venu, je lui trouve des excuses… « le pauvre, il a tellement à faire… »). Même robinet, mêmes gouttes d’eau, mais pas même conclusion !

En cas de différence de perception d’un événement, faisons l’effort de revenir aux faits objectifs : que s’est-il réellement passé ? A partir de là, on peut discuter des faits et ensuite de notre perception et même de notre interprétation des faits, en sachant que l’autre en a peut-être une autre analyse.

On se bat très souvent pour essayer de prouver à l’autre que c’est notre point de vue subjectif qui est le bon !
Moins par conviction que par peur de ne pas avoir raison, et surtout de devoir le reconnaître… Peur de perdre la face. L’ego hyper ou hypotrophié est un grand ennemi de la communication !

Brève conclusion: sauf exception, n’ayons pas peur de COM-MU-NI-QUER. Mais sans croire qu’il suffit de parler pour que tout s’arrange… Le langage clarifie… A la condition que le dialogue soit en vérité, avec le souhait partagé du bien de la relation. Il vaut mieux reconnaître, parfois, qu’on s’est trompé, plutôt que de s’embarquer dans une communication « techniquement bonne » qui ne vise pas à restaurer la relation et la confiance mais plutôt à sauver son ego,…

(1) d’après une conférence de Mme Inversen, psychiatre.
(2) Sur la question de la vérité objective et du ressenti subjectif, voir l’ article « cerner la crise », rubrique « vie professionnelle ».

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :