Etape 1: Cerner la nature de la crise

Etape 1: cerner la nature de la crise

« La pierre qui est visible ne peut plus abîmer la houe. »(1)

Qu’est-ce qu’une crise ? C’est un état de tension lié à des changements, survenant dans un système en « bonne santé ». Un système qui va bien n’est pas celui qui n’a pas de crise mais celui qui est capable de les résoudre.

On parle d’ homéostasie (équilibre d’un système en bonne santé) quand ce système (famille, société, groupe…) est capable, à la fois, de maintenir une certaine continuité de fonctionnement tout en laissant la porte ouverte aux changements nécessaires à la poursuite de ses objectifs, en constante évolution. L’homéostasie est donc un processus dynamique qui n’a rien à voir avec la passivité et l’immobilité.

La crise est positive, au départ, dans la mesure où elle signale la vitalité du système, désireux d’évoluer pour mieux s’adapter. « Le passé est mort et le futur n’est pas encore né.» (A.Gramsci). Elle dure tant que les différentes parties prenantes n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur un nouvel équilibre commun.
Elle s’aggrave, dans la vie familiale comme dans la vie professionnelle, quand, faute de trouver un terrain d’entente, elle dégénère en conflit durable. Guerre froide ou guerre ouverte, le système gaspille ses forces et son énergie au point, parfois, d’en mourir.
Elle est carrément toxique et destructrice quand s’y invitent le mensonge, la malhonnêteté, les abus de pouvoir, l’illégalité.

Mais comment voir clair dans des situations souvent très complexes ?
La première étape consiste à chercher un maximum d’objectivité, et de faire un inventaire précis de faits indiscutables.
Un discours assez simpliste tend à faire croire que la vérité serait ce que chacun en perçoit… Il y aurait ceux qui voient les choses comme étant malhonnêtes, et ceux qui estiment au contraire que tout se passe normalement. Sous ce lieu commun de la « vérité multiple », est étouffée tout velléité de chercher le vrai. Ceux qui expriment leurs doutes sont accusés de pourrir l’ambiance, voire de nuire à la société…
Ce slogan de la « vérité multiple » confond la vérité objective et la vérité subjective, et fait fi de réalités psychologiques très importantes, telles celles du « filtre » et des interprétations qui en découlent.

Vérité objective, vérités subjectives

Prenons l’exemple d’un bol d’eau à 20 °. Cette température est authentifiée par un thermomètre en bon état de marche. C’est donc une vérité objective, qui « parle » de l’eau. Elle dit, de façon indiscutable, l’état de l’eau, de la réalité. C’est un fait.

Par contre, si plusieurs personnes y trempent leurs mains, elles n’auront pas toutes la même perception de l’eau: la personne qui vient de toucher un radiateur brûlant la trouvera froide; celle qui vient de nettoyer un réfrigérateur glacé la sentira chaude. Alors, cette eau finalement, est-elle tiède ? froide ? chaude ? Au niveau de la perception, les 3 à la fois. Quelqu’un ment-il ? Non, chacun est « vrai » dans son « ressenti ».

La vérité subjective dépend non pas tant de la réalité de l’objet observé que de l’observateur: effectivement, ma perception de la température de l’eau diffère selon que je sois dans un contexte chaud ou froid.
Ma perception est toujours vraie, de mon point de vue, mais elle n’est pas forcément vraie par rapport à la réalité de l’eau. Celle-ci a une vérité objective qui est sa température réelle. C’est un fait indiscutable et valable pour tous.

C’est la même chose pour les événements: le thermomètre, comme les faits, indiquent une réalité objective: c’est ce qui s’est réellement passé. Tout le ressenti par rapport à ces faits, est, lui, subjectif. Même s’il est vécu de bonne foi, il ne peut être confondu avec la vérité.

Mais attention, un fait objectif, isolé, peut être mal compris et interprété erronément. Si on me voit bousculer un passant sur le trottoir, on peut imaginer que je suis distraite, ou incorrecte ou agressive. Alors que c’est peut-être un acte positif, pour protéger le piéton d’un pot de fleurs qui tombait de la fenêtre… Les faits, à eux seuls, ne suffisent pas à comprendre une situation…

En cas de crise grave, il y aura tout un travail d’enquête à mener à partir d’indices collectés à plusieurs sources, pour discerner correctement ce qui se passe, et par conséquent de la conduite à tenir, d’autant plus si les décisions à prendre sont lourdes de conséquences. Comment se forme notre « point de vue » par rapport à une situation ou à quelqu’un ?

A partir des événements objectifs, mais aussi, et ça complique l’enquête, à partir de toutes sortes de filtres (2) « croyances » et convictions, que nous avons emmagasinés au fil du temps. Processus souvent inconscients, (c’est à dire que ça fonctionne sans que nous nous en rendions compte) ils influencent la manière dont nous percevons la réalité qui nous entoure.

Exemple: Si on m’a appris, petite, qu’il fallait avoir peur des chiens, je vais avoir une « croyance intérieure »: « il faut se méfier des chiens ». Cette croyance initiale alimente ma peur, et ma peur alimente ma croyance, et donc mon filtre: je vais avoir tendance à ne voir autour de moi que ce qui confirme cette idée car le psychisme, qui aime bien avoir des « repères sûrs » pour être en sécurité, va chercher à confirmer ses croyances, pour qu’elles deviennent de plus en plus indiscutables.

Ce processus se passe aussi dans les relations humaines: si j’ai tendance à cataloguer les gens en fonction de leur couleur, de leur métier, de leur religion, ça risque d’influencer la qualité de mon accueil…
Si j’arrive dans une équipe, je percevrai différemment les collègues selon ce que j’ai déjà entendu dire d’eux, en bien ou en mal.

Notre psychisme « trie » les informations, et préfère souvent ignorer ce qui contredit nos convictions. Dit autrement, nous cherchons, plus ou moins consciemment, à trouver tout ce qui va confirmer ce dont nous sommes déjà convaincus.

D’où la nécessité vérifier la pertinence des rumeurs et des « on-dit » pour se faire une opinion, car « naturellement, nous avons tendance à les croire, surtout quand elles sont véhiculées par des gens « au-dessus de tout soupçon ». Une fois qu’on y croit, on finira par trouver ce qui la confirme…

L’étape suivante consistera à repérer le programme officiel, et les éventuels programmes officieux…

(1) dicton rwandais cité par François-Xavier Ngarambe dans son livre « Rescapés de Kigali » Ed. de l’Emmanuel, 2014, p. 251.
(2) la notion de filtre est décrite dans l’article « communiquer, oui mais encore, dans la rubrique « vie familiale ».

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