Autorité et amour: inconciliables ?

Nous avons parfois un peu peur de l’autorité.
En thérapie familiale, la question de la légitimité de l’autorité est posée régulièrement… Qu’en est-il ?
Quelques questions pour guider notre réflexion…

Quand je fais preuve d’autorité avec mon fils, Théo, 5 ans, j’ai peur qu’il ne se sente plus aimé…

L’autorité n’exige pas que nous soyons fâchés, que nous parlions fort, que nous soyons autoritaires ou désagréables. Etre ferme n’annule pas l’affection. Etre ferme, c’est poser clairement des limites et veiller à ce qu’elles soient respectées. Ce qui peut être fait avec le sourire. Nous pouvons aussi dire à notre enfant que nous l’aimons, même dans les situations plus tendues : il y a une sorte de croyance qui nous ferait penser que l’amour exclut les tensions et les différences de points de vue. Eh non ! L’amour, c’est la capacité de garder un lien affectif solide, par delà les oppositions. Un enfant, même petit, peut le comprendre.
Méfions-nous de la main leste. A ce moment là, on n’exerce pas l’autorité, on se défoule. Et là, effectivement, l’enfant peut se sentir en danger…

2. Qu’est-ce qu’une autorité vécue dans l’amour ?

L’autorité vécue dans l’amour est constamment attentive à la qualité du lien qui unit le parent à l’enfant, dans l’acceptation inconditionnelle de ce qu’il est : il a des qualités, et des défauts. L’autorité accompagne l’enfant dans son chemin de croissance vers une plus grande maîtrise de lui-même, dans le développement de ses talents et dans la lutte contre ses limites, mais sans culpabiliser, dévaloriser, humilier… L’attitude aimante ne contredit pas l’obligation des parents d’assurer la sécurité, physique, morale et psychologique de l’enfant.



3. J’ai lu plusieurs bouquins qui insistent sur l’importance de l’amour et semblent critiquer l’autorité. Qu’en penser ?

Depuis les années 60, est née une conception idéalisée de l’éducation des enfants, qui prône l’abstraction quasi totale de limites : tout ce dont l’enfant aurait besoin pour se développer de manière optimale serait l’amour et la compréhension. Ces idées reposent sur une conception illusoire de la famille, qui devrait être un lieu sans tensions parce que épargné par les luttes de pouvoir. L’enfant naîtrait naturellement bon et tempérant, voulant spontanément ce qui est bon pour lui, et acceptant les frustrations paisiblement. Ses excès ne seraient alors que des réactions à une éducation trop rigide. Or l’enfant est ce qu’il est : un être humain qui, tout en étant capable d’accepter les contraintes du réel, peut chercher à forcer les limites pour obtenir ce qu’il veut, croyant que « qui veut peut » ! L’autorité n’est pas une attitude qui « casse » l’enfant, en l’empêchant de déployer ce qu’il est, en le formatant selon les attentes exclusives des parents. Elle est accompagnement de l’enfant dans la découverte de ses désirs, bons et moins bons, pour les orienter progressivement vers le Bien, le Bon et l’Amour. Comme des berges qui canalisent le flot du torrent pour éviter que les eaux ne se perdent, et les conduire à la mer. L’amour est indispensable à l’estime de soi, l’autorité est indispensable à la canalisation des désirs pour les orienter vers l’amour et la liberté intérieure.

4. Plus je fais preuve d’autorité avec ma fille de 12 ans, et plus elle se rebelle…

Effectivement, l’enfant déteste qu’on contrecarre ses plans et ses désirs… Et quand ces désirs nous semblent inadéquats, nous avons deux manières de réagir : par l’autorité normative ou nourricière. La normative est celle qui donne une norme, en cherchant à s’imposer par des arguments affectifs et/ou moralisateurs. ‘Tu veux manger du chocolat maintenant ? Non, ce n’est pas bien, tu es gourmand, tu me déçois. On ne mange pas de chocolat entre les repas. » L’enfant sent qu’il est jugé dans son désir, et doit se soumettre s’il ne veut pas perdre l’estime de ses parents. Quand il est petit, il se soumet effectivement, mais en râlant sans doute intérieurement : il ne se sent pas autorisé à avoir des désirs personnels. Et pour éviter de devoir se conformer en tout aux désirs de ses parents, au point d’en perdre peut-être sa propre personnalité, il va développer, souterrainement, son « enfant rebelle », celui qui, dès qu’il sera assez fort pour prendre des risques, se lèvera contre les parents pour leur dire : « je suis moi, et vos jugements et critiques ne m’empêcheront pas d’être qui je veux être… ». L’autorité « nourricière » entend le désir, le reçoit sans jugement, donne la norme, prend le temps d’expliquer, sans pressions et sans disqualification. « Tu veux manger du chocolat maintenant ? Je te comprends, il est délicieux et bien tentant. Mais rappelle-toi, on ne mange pas entre les repas etc, etc, … »  L’enfant alors obéit (ou non) mais sans être mis en danger dans l’estime de lui. Quand nos enfants se rebellent, posons-nous la question : sommes-nous capables de donner une règle sans pressions affectives, moralisatrices ou disqualifiantes  ?

L’autorité est tout à fait compatible avec la douceur et la bonté.

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